Des origines aux évêques de Marseille

Les premiers peuplements du site restent encore mystérieux ,dans l'attente de résultat de fouilles qui restent à faire. Toutefois, il est probable que les Romains y ont établi des villas. Par ailleurs, il est possible, comme l'avancent certains archéologues, qu'un castrum y ait existé, au moins dès l'époque gallo-romaine. les Francs Salyens ont ensuite succédé aux premiers ermites. Fait certain : les denses forêts des flancs de la Trévaresse ont été de hauts lieux druidiques, très fréquentés par les populations des villes environnantes.

La Ville doit son nom à CANUS NATUS (né avec les cheveux blancs, signe, à l'époque, de sagesse précoce), ermite du Vème siècle, fils d'un prêteur Romain, né à Aix-en-Provence, et qui vivait dans un endroit appelé "Sauzet" à cause des saules qui abondaient près d'une source.

Selon la légende, quand l'évêque de Marseille vint à mourir, CANUS NATUS sembla tout désigné pour être son successeur. Une délégation vint donc lui offrir le Siège épiscopal, qu'il déclina disant "qu'il n'y avait pas plus de raison pour lui de devenir Evêque de Marseille, que sa vieille canne de roseau desséchée de reverdir !"… Mais la canne reverdit miraculeusement et CANUS NATUS prit donc le chemin du vieux port ! Il y a laissé le souvenir d'un évêque énergique, luttant farouchement contre le paganisme et l'hérésie ; puis, sentant sa fin approcher, il souhaita rejoindre son cher ermitage de Sauzet, pour y mourir.

histoire-miracle-st-cannat"Le miracle de Saint-Cannat"
Bas-relief du fronton de l'ancienne Eglise détruite lors du tremblement de terre de 1909.
Reconstitué d'après une carte postale ancienne. Cette pièce est aujourd'hui perdue.

CANUS NATUS fut donc, parmi les évêques de Marseille, l'un des quatre reconnus Saints et faisant l'objet d'un culte.

Autour de sa tombe s'élevèrent bientôt quelques maisons ; et ce pauvre hameau marqua, en cette fin du Vème siècle, la naissance de Saint-Cannat ; sans doute aussi parce que ces âmes esseulées du hameau du Sauzet ont probablement sollicité leur protection, les Evêques de Marseille sont devenus les premiers seigneurs du lieu.

Ils le resteront pour dix siècles ; mais malgré leur pieuse tutelle, cette période ne sera pas faite que de tranquillité.

Au XIIème siècle, l'Evêque Pierre voit son fief lui être disputé par d'autres seigneurs, il en appelle au Pape Athanase IV lequel, dans une Bulle, évoquera la question et y parlera du "Castrum Santi - Cannati", affirmant bien ainsi la réalité du village et celle de son nom (balayant l'usage, sans doute général, de Castrum Sauzeto).

Mais Athanase IV meurt et Adrien IV lui succède à Rome, différentes circonstances le conduiront en Provence, et il viendra même à Saint-Cannat (fév. 1156 - 1157 selon le calendrier Grégorien).

L'y accompagnent le Saint empereur romain germanique Frédéric 1er Barberousse (qui donnera à Saint-Cannat sa première charte) et l'archevêque d'Arles (dont le diocèse de Marseille est suffragant).

Vers la fin du même XIIème siècle, les Comtes de Provence Alphonse et Sanche (de la Maison de Barcelone) confirment à l'évêque Foulques de Thorame le fief de Saint-Cannat, que l'évêque Benoît d'Alignan agrandit de deux autres châtellenies : Alleins et Valbonnette.

Saint-Cannat n'échappera pas aux troubles du XIVème siècle ; le village se révoltera même contre son Evêque et donnera allégeance au Seigneur des Baux, puis (curiosité de l'Histoire de Saint-Cannat) aux rois de Sicile (Frédéric III de la Maison d'Aragon ou Louis de Trente, 2e époux de Jeanne Ière, le point reste à préciser).

L'épisode ne durera que trois ans (1357 - 1360) ; mais bien que rendu à son suzerain légitime, Saint-Cannat restera rebelle. L'évêque Jean Alardeau, lassé, obtiendra de son ami le roi René l'échange de Saint-Cannat contre la Baronnie d'Aubagne (Fév. 1473 - 1474).

Une page d'histoire est tournée pour Saint-Cannat qui quitte le Domaine de l'Eglise. Avant d'aborder la nouvelle période qui s'ouvre avec le roi René, premier seigneur non évêque de Saint-Cannat , il faut rappeler que les Templiers, établis dans la puissante commanderie (aujourd'hui dite de la Bargemone) ont fondé un prieuré, légèrement au nord du Hameau de Saint-Cannat.

Cette fondation (XIIIème s.) est presque aussi la seconde du village, puisque les Templiers une fois disparus (en 1342 dans le Comté de Provence), leur commanderie deviendra le site définitif du village, ceint de remparts dès la fin du XIVème siècle.

Une autre curiosité de l'Histoire de Saint-Cannat, date de cette époque : l'église conventuelle de l'Ordre (sur l'emplacement de laquelle se dresse l'actuelle église paroissiale) étant réservée aux chevaliers, la population prit pour paroisse une chapelle, Notre-Dame de vie (du VIIème s., aménagée dans les Xième et XIIème s., ruinée en 1909), toujours maintenue à son usage, même quand elle se situera hors des murs : il nous en reste encore aujourd'hui le nom de notre paroisse!

Par l'échange conclu par Jean Alardeau, Saint-Cannat devient donc, après d'autres (Angers, Aix…) l'une des cités du roi René, et avec les Anjou débute le temps des seigneurs issus des plus célèbres familles de Provence.