Les Suffren

Une tradition veut que les Suffren soient originaires de Toscane (de Lucca) ; portant alors le nom de Suffredi, ils auraient émigré en Provence dans le courant du XIVème siècle.
Etablis à Salon-de-Provence et y bénéficiant de la faveur des archevêques d'Arles (qui, au château de l'Empéri, avaient leur résidence d'été) ils oeuvrèrent à leur intégration.
Ils changèrent leur nom en Suffren, firent d'heureuses alliances avec d'anciennes familles provençales. Durant les XVème et XVIème siècles, ils occupèrent diverses charges de robe, des postes de consul et de trésorier de la ville de Salon.

En 1557, par lettres patentes du roi Henri II, Jean Suffren est anobli. Palamède de Suffren, son petit fils, sera à l'origine de la branche aînée, dite des marquis de Suffren (éteinte, en ligne masculine, en 1974).
Jean-Baptiste de Suffren, frère puîné de Palamède, sera quant à lui à l'origine de la branche cadette.
Cette dernière lignée ajoutera à son patronyme le nom de Saint-Tropez, après que ce fief eut été apporté en dot (en 1677) à Joseph-Jean-Baptiste de Suffren, par Geneviève de Castellane-Saint-Juers.

Et c'est de ces Suffren-Saint-Tropez que sont issus les marquis de Saint-Cannat et le célèbre Bailli.


histoire-bailli-suffren-statueLe Bailli de Suffren
Né au château de Saint-Cannat, le 17 juillet 1729, Pierre-André est le 3ème fils de Paul de Suffren -Saint-Tropez et de Marie-Hiéronyme de Bruny.

Ses deux aînés sont, l'un, le second marquis de Saint-Cannat et brillant homme d'arme ,l'autre, Louis-Jérôme, archevêque de Sens, mais qui restera davantage dans les archives régionales pour avoir été évêque de Sisteron.

Pierre-André est donc tout naturellement destiné aux armes, puisque cadet ; et il rejoint la Royale (la Marine du Roi).

Après une jeunesse turbulente, mais aussi studieuse, passée à Saint-Cannat, à Richebois (fief familial de Salon) et à Saint-Tropez (où il découvre la mer) , il est envoyé au collège des Jésuites de Toulon, puis aux Gardes de la Marine.

C'est alors qu'il connaîtra son premier combat (le 19 février 1744, il n'a même pas 15 ans), à la Bataille du Cap Sicié.

Les Antilles, le Canada sont ensuite ses horizons ; il s'y distinguera par sa bravoure, dans des affrontements aux issues plus qu'incertaines.
Il connaîtra aussi l'infortune d'être fait prisonnier, par les Anglais (1747).

Libéré en 1748, fait enseigne de vaisseau, il part (1749) pour Malte, dont l'Ordre le compte parmi ses Chevaliers de minorité ; il y fait ses "Caravanes", devient ainsi Chevalier de majorité et y fait le choix d'être Profès (chevalier ayant prononcé ses vœux : obéissance, pauvreté, chasteté).

Puis, reprenant le service du roi, il sera des combats de Port-Mahon, Minorque (1756) , de la triste journée de Lagos, Portugal (1759), où il est à nouveau fait prisonnier par les Anglais.

Libre quelque temps après, il participe à l'expédition de Larache (1756) et sera un des seuls commandants à s'y battre avec succès. Cette terre du Maroc qu'il vient, par là de découvrir, l'intéresse ; et il voudra y retourner...

Il obtiendra d'accompagner l'ambassade du comte de Brugnon à Marrakech. La même année (1767), il reçoit le grade de capitaine de frégate , puis il devient capitaine de vaisseau, en 1772.

Cinq années plus tard, il commande le "Fantasque" et c'est avec ce bâtiment qu'il est de l'Escadre de l'Amiral d'Estaing, aux Antilles. Il se distingue, prouve sa hardiesse mais enrage de ne pouvoir faire davantage.

La campagne des Indes lui donnera enfin l'occasion de s'appuyer sur son expérience et de connaître (malgré bien des drames et les trahisons) ses plus grandes victoires et la gloire : à LA Praya - (avril 1781) et à Gondelour (juin 1783).

La paix lui fait reprendre le chemin de la France .Il est fait vice-amiral par Louis XVI, chevalier, puis commandeur, enfin bailli de l'Ordre Souverain de Saint Jean de Malte, le roi lui accorde les Grandes Entrées à Versailles (1748).

Mais Louis XVI lui refuse le commandement de l'Escadre Croix, le nomme ambassadeur et lui propose la direction des Etats Généraux de 1789 mais la mort du Bailli (08 Décembre 1788 à Paris) met fin au projet.

Il nous reste aujourd'hui le souvenir d'un homme d'exception, un véritable aventurier, parmi les plus grands marins Français, profond réformateur de notre Marine de guerre, ayant mis en place les premières formules d'avancement au mérite, dans une chaîne de commandement qui privilégiait jusque-là l'origine des officiers.

La Ville de Saint-Cannat était marraine de la Frégate Lance Missiles Suffren en service actif dans la Marine Nationale depuis le 2 Septembre 1989. Depuis désarmée.